La République de la Science (Karl Polanyi) repose sur des principes qui sont en désaccord avec la pure régulation par le marché.
Elle est un bien durable, qui ne se dégrade pas à mesure qu’on s’en sert, contrairement aux autres biens. Elle ne peut être assimilée à n’importe qu’el autre produit matériel.
La Science est invendable dans la mesure où elle ne peut pas être estimée avant d’être vendue. Si l’on donne trop peu d’informations sur une connaissance que l’on veut vendre, on ne permet pas à l’acheteur potentiel d’en estimer le prix ; si l’on en donne trop, on livre gratuitement cette connaissance au lieu de la vendre. (problème du Spill Over)
La Science n’est pas un bien fini. Elle s’enrichit de recoupements entre disciplines éloignées, regroupements plus ou moins aléatoires qui ne peuvent guère faire l’objet d’investissements.
La Science fondamentale fait progresser la science appliquée, mais les entreprises ne peuvent subventionner que cette dernière et n’ont aucun intérêt à subventionner l’autre.
La Science s’adresse à tous et tous peuvent prétendre à y contribuer.
Voici quelques principes qui prévalaient encore dans le monde des sciences avant le tournant libéral des années 80.
Geoffrey W. Smith, professeur en Sciences de l’Information à l’Université de Floride a décrit ce tournant dans une conférence récente dont Tom Roud fait la synthèse sur un article de son blog intitulé “La science doit-elle être rentable ?“
Smith plaide pour un retour à la République des Sciences ; ma profession plaide pour un développement des Archives Ouvertes. Le courant qui nous emporte vers la brevetabilité, la privatisation de la recherche et la rentabilité à court terme semble si fort que ces propositions paraissent vouées à l’échec. Et pourtant, il n’est pas difficile de prouver que dans certains domaines, comme l’éducation et la recherche, le marché ne peut en aucun cas se substituer aux investissements privés.